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  • #Ÿnspire – Charlotte Trossat, Fondatrice de Local en Bocal

    L’impact guide le quotidien de tous les Ÿnsecters : comment nourrir la planète tout en préservant les ressources et la biodiversité ? Des initiatives se multiplient et nous avons décidé de laisser la parole à celles et ceux qui contribuent à changer le monde, qui proposent des alternatives et qui créent durablement. Aujourd’hui, nous avons rencontré Charlotte Trossat, fondatrice de Local en Bocal, une conserverie artisanale qui crée des produits à partir de fruits et légumes issus d’exploitations de proximité. Ces produits sont ensuite vendus en magasins spécialisés bio ou dans des écoles. Nous avons pu échanger sur le projet, les ambitions pour le futur, les challenges à relever, mais nous avons pu également aborder les questions d’agriculture locale et futur de l’alimentation.

     

    Pouvez-vous nous décrire votre entreprise en quelques mots ?

    Local en Bocal est une conserverie artisanale ! Nous achetons aux producteurs de proximité des fruits et des légumes qui ne pourraient pas être vendus en grande surface : des légumes abîmés, ceux considérés comme « moches ». Nous cuisinons ensuite ces légumes pour en faire des soupes, des compotes etc. dont la moitié est vendue par notre marque A côté, et dont l’autre moitié est vendue pour le compte d’autres marques telles que Les trois chouette, La vie claire etc. Même si nous avons des machines, nous travaillons encore beaucoup à la main : nous trions et préparons les légumes, et entre les opérations, nous goûtons systématiquement nos produits pour nous assurer de leur saveur. Ce côté artisanal est primordial à nos yeux.

     

    Vous avez travaillé pendant une dizaine d’années dans le secteur de l’environnement en tant qu’ingénieur, pourquoi avoir lancé soudainement votre entreprise artisanale de production de soupes, compotes … ?

    Local en bocal est né de mon désir de redonner plus de sens à mon travail. J’avais envie de produire parce qu’avec mon ancien travail, je m’en étais éloigné. J’avais également envie d’être en lien avec le monde rural. Mais surtout, je voulais avoir la main sur l’impact qu’aurait cette entreprise sur l’environnement et la société. Mon leitmotiv, c’est d’avoir un impact positif sur la société, et l’entreprise était un moyen d’y arriver. Ce projet a mûri grâce à mon beau-frère, maraîcher de profession, qui souhaitait transformer ses légumes. Je me suis lancée dans des études de marché afin de trouver des solutions. Au bout du compte, lui n’a pas souhaité poursuivre l’aventure mais moi je me suis lancée. En octobre 2015, Local en Bocal ouvrait ses portes !

     

    Comment choisissez-vous les producteurs avec qui vous travaillez ? Et les revendeurs (La Vie Claire) ?

    Avant toute chose, il faut qu’ils soient bio. Ensuite, nous prenons en compte la distance : les producteurs doivent être le plus proche possible, nous n’allons pas au-delà de 150km à vol d’oiseau. Je souhaite également qu’ils partagent notre philosophie : nous avons établi un cahier des charges et essayons au maximum de respecter tous les critères. Pour la revente, nous faisons partie d’un réseau spécialisé bio qui nous interdit de nous adresser à la grande distribution. Donc, nous privilégions des enseignes biologiques de petite taille.

     

    Vous avez travaillé avec les cantines d’Avignon, pourquoi cette étape avec les enfants était-elle importante ?

    J’ai toujours voulu travailler auprès des cantines, et notamment des enfants parce que ces derniers sont très réceptifs. Les enfants sont vecteurs de changement. Pour l’histoire, les cantines d’Avignon ont repris en main les menus distribués et ont souhaité faire de la soupe mais ne disposaient pas du matériel nécessaire. J’ai lu un article de presse à ce sujet et suis allée directement les voir pour leur proposer de travailler ensemble. Nous avons construit l’offre main dans la main. Grâce à cette association, les enfants de l’école mangent des produits de qualité, auxquels ils ne pourraient pas nécessairement avoir accès chez eux.

     

    Comment convaincre les consommateurs de manger local ?

    A mes yeux, manger local c’est connaître la personne qui a travaillé, connaître le produit. Cela permet de mieux savoir ce qu’on mange et dans quelles conditions. Les gens posent souvent beaucoup de questions aux producteurs donc on observe une belle dynamique de progrès. De notre côté, nous sommes très présents sur les réseaux sociaux pour éduquer les consommateurs. Nous participons ponctuellement à quelques marchés et foires pour rencontrer les gens, leur faire goûter nos produits. Nous ouvrons également volontiers l’atelier pour recevoir les enfants, les adolescents. Nous prenons beaucoup de stagiaires, accueillons des demandeurs d’emplois, des reconversions professionnelles. Bref, nous essayons de rencontrer le plus possible les locaux pour leur montrer et leur expliquer le contenu de leur assiette.

     

    Quelles valeurs guident votre action quotidienne ? Quelles sont celles que vous souhaiteriez transmettre ?

    Evidemment, tout ce qui concerne la lutte anti-gaspillage, des relations de qualité entre les différentes parties prenantes, de la création d’emploi etc. Mais j’aimerais également transmettre d’autres valeurs fortes, que nous avons établi collectivement au sein de l’entreprise : l’entraide et le respect, la recherche continuelle d’amélioration, le goût du travail bien fait et des produits, et la convivialité. Tous ses piliers devront continuer d’être précisés au fil du temps. Au quotidien, pour faire vivre ces valeurs, nous avons quelques rituels : nous déjeunons une fois par mois tous ensemble, on organise toujours une journée d’équipe qui soit à la fois studieuse et joueuse, on organise un noël, bref autant d’actions pour continuer d’avancer ensemble !

     

    Chez Ynsect, nous en avons 5 (explorateur, authenticité, adaptabilité, équilibre et solidarité), quelle est celle qui vous parle le plus ?

    Difficile de choisir… mais je dirais la solidarité ! Au quotidien, chacun est occupé par ses missions principales, et ne connaît pas toujours les enjeux des autres collaborateurs. Mais en cas de difficulté, je veux que chacun puisse demander un coup de main, et le recevoir ! C’est quelque chose que j’attends vraiment de mon équipe ! De plus, tendre la main aux personnes éloignées de l’emploi fait partie de notre ADN, puisque nous sommes Entreprise d’Insertion.

     

    En seulement 5 ans, vous avez noué de nombreux partenariats et créé 10 emplois dans la région d’Avignon, comment envisagez-vous le futur ? Un déploiement national/international est-il envisagé ?

    Nous avons encore beaucoup à faire dans la région avant de penser à nous installer ailleurs. Nous devons d’abord nous construire un bâtiment qui soit adapté à notre production. Nous nous adaptons à notre croissance, sans être agressif commercialement parlant. Nous pensons évidemment au futur mais un déploiement n’est pas à l’ordre du jour. Lorsque nous serons prêts, alors nous irons dans un bassin de production pour reproduire notre modèle !