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  • #Ÿnspire – Rym Trabelsi et Marguerite Dorangeon, fondatrices de Clear Fashion

    Aujourd’hui, nous avons rencontré Rym Trabelsi et Marguerite Dorangeon, fondatrices de Clear Fashion, une application qui permet aux consommateurs d’avoir accès à plus de transparence de la part des marques de prêt-à-porter sur quatre grands critères : santé, environnement, animal et humain.

    L’impact guide le quotidien de tous les Ÿnsecters : comment nourrir la planète tout en préservant les ressources et la biodiversité ? Des initiatives se multiplient et nous avons décidé de laisser la parole à celles et ceux qui contribuent à changer le monde, qui proposent des alternatives et qui créent durablement. Aujourd’hui, nous avons rencontré Rym Trabelsi et Marguerite Dorangeon, fondatrices de Clear Fashion, une application qui permet aux consommateurs d’avoir accès à plus de transparence de la part des marques de prêt-à-porter sur quatre grands critères : santé, environnement, animal et humain. Nous avons pu échanger sur leur activité, leurs ambitions et les challenges à relever mais également l’avenir du prêt-à-porter selon elles dans un contexte de changement climatique et de prise de conscience de la part du grand public.

    En quelques mots, pouvez-vous nous expliquer le concept de Clear Fashion ?

    Clear Fashion est une application qui permet aux consommateurs de comprendre ce qui se cache derrière les vêtements et les marques. Cela se matérialise par des scores sur quatre grands critères, qui résultent d’un travail de recherche de la part de notre équipe auprès des marques à intégrer notre application. Clear Fashion est gratuit pour tous, même pour les marques et permet à chacun d’être plus conscient sur l’impact de ses achats vestimentaires.

     

    Quel a été le déclencheur qui vous a poussé à lancer l’application ? Comment passe-t-on d’AgroParisTech à une application sur la mode ?

    Le parallèle peut paraître étonnant, mais il est assez simple. Lorsque nous étions étudiantes, nous étudiions ce qui se cachait derrière la nourriture. Et nous nous sommes posé la même question pour nos vêtements. Il régnait une trop grande opacité sur leur origine et nous voulions apporter des éclaircissements aux consommateurs. Nous n’avons pas tout de suite imaginé l’application, nous pensions d’abord à une extension sur Chrome. C’est en réalisant des sondages autour de nous que nous avons pris conscience du réel besoin d’une application ! Nous l’avons lancé en septembre 2019 et depuis, nous travaillons constamment à son amélioration.

     

    L’application évalue les marques et vêtements au regard de 4 critères : l’environnement, la santé, les animaux et les humains. Comment les évaluez-vous ? Quels sont le retour des marques ? Voyez- vous déjà un changement comme Yuka dans l’alimentaire ?

    Nous évaluons les marques au travers de ces 4 grandes catégories mais en réalité, nous avons une centaine de critères ! Ils sont condensés dans un grand formulaire, élaboré avec l’aide de notre comité d’experts indépendants, qui est ensuite soumis aux marques. Ces dernières doivent fournir un très grand nombre de preuves de ce qu’elles avancent dans leurs réponses. Ces preuves sont ensuite étudiées pour vérifier leurs dires. Il n’y a aucun prérequis si ce n’est qu’elles doivent impérativement commercialiser en France afin de paraître sur l’application. Grâce à ces formulaires, nous avons un contact privilégié avec les marques, et beaucoup nous disent que, même si le processus de vérification est très long, cela les pousse en interne à se poser des questions voire prendre conscience de certains paramètres à améliorer ! En réalité, beaucoup de marques nous remercient parce qu’elles ont pris compte de critères auxquels elles n’avaient pas nécessairement pensé. Nous observons de nombreux changements depuis le lancement de l’application. Désormais, les marques sont plus volontaires et de plus en plus celles qui initient la démarche de venir vers nous ! C’est vraiment positif !

    Le critère humain de l’application a récemment été mis en avant auprès des consommateurs, pourriez-vous nous en dire plus ?

    Oui, notre critère humain a pris une ampleur tout autre depuis un an. Tout a commencé avec les révélations publiques de l’exploitation de la population Ouighours par certaines marques. Ce scandale a vraiment eu un retentissement mondial de grande ampleur. Nous n’avons pas hésité à nous positionner vis-à-vis de cela mais ce sont surtout les consommateurs qui nous ont sollicité pour avoir plus d’informations quant aux marques concernées. Notre travail a alors consisté à recontacter certaines marques pour obtenir des réponses, des informations, que nous avons rassemblées dans un document en libre accès. On ne pouvait pas ignorer l’aide que nous étions en capacité d’apporter. Grâce à nos équipes, nous avons réussi à mettre en place un outil d’alerte pour prévenir les utilisateurs des scandales et des informations que nous récupérions en temps et en heure. Dans ce genre de situation, il faut agir !

     

    Pouvez-vous nous détailler le fonctionnement de l’algorithme ?

    Sur l’application, tous les scores apparaissent, même ceux qui ne sont pas bons. Quand les marques fournissent les preuves, cela prouve qu’elles sont dans une démarche positive ; mais parfois certaines refusent de nous fournir certains documents et nous essayons alors d’aller trouver les informations nous-mêmes. Tout est fait manuellement puis généré informatiquement. Les consommateurs n’ont pas accès à ces preuves, parce qu’en termes de taille, ce serait beaucoup trop lourd. Le rôle de l’algorithme est donc de les rendre accessibles et digestes ! Toutefois, nous invitons vivement les consommateurs curieux à questionner directement les marques !

     

    Dans un contexte de prise de conscience très forte d’un point de vue environnemental, comment envisagez-vous le futur du prêt-à-porter ?

    Nous tenons vraiment à l’envisager de manière positive. Chacun a sa responsabilité vis-à-vis du futur. Clear Fashion a sa responsabilité en tant qu’acteur, mais il est nécessaire de travailler tous ensemble pour améliorer le secteur. Depuis quelques années, on observe le changement en œuvre auprès des marques et des consommateurs : il faut agir ! Sur toute la surface du globe, on observe un réel changement, un changement d’habitude, de conscience de la part de chacun.

     

    Pouvez-vous mesurer votre impact ?

    Aujourd’hui, nous avons environ 400 marques qui sont référencées dans notre application. Et nous sommes capables de mesurer notre impact auprès d’elles : le bilan d’impact réalisé au bout d’un an nous a révélé qu’un tiers d’entre elles s’est engagé dans la démarche de Clear Fashion dans un souci d’être plus transparente auprès des consommateurs ; 71% des grandes structures trouvent que Clear Fashion a insufflé une prise de conscience interne au regard des enjeux écologiques ; 69% des marques évaluées par Clear Fashion depuis 6 mois ont repensé leur processus de production. Nous avons d’autres chiffres qui prouvent notre impact au sein de chacune de ces entreprises. Du côté des consommateurs, nous savons que 83% déclarent que l’application a changé leur perception de certaines marques, et plus de la moitié ont décidé de ne plus acheter de vêtements chez une ou plusieurs marques auprès l’utilisation de l’application. Les consommateurs changent, les marques doivent s’adapter !

     

    Vous parlez d’un déploiement de l’application à l’international, vers quels pays souhaiteriez-vous aller ? Pourquoi ?

    Nous sommes encore une petite structure mais c’est vrai que nous avons déjà réalisé énormément ! A court et moyen terme, nous voulons d’abord améliorer notre application, son référentiel, l’expérience utilisateur de manière générale. A long terme, nous aimerions nous lancer à l’international. Nous avons pensé d’abord au marché européen. Mais c’est un projet de longue haleine du fait de la taille des bases de données qu’il nous faudra construire : les réglementations nationales et locales, les marques locales… Nous recevons régulièrement des demandes de la part de consommateurs pour nous implanter en Suisse, Belgique et même la Chine et l’Inde ! Mais cela prend du temps !