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  • #Ÿnspire – Tom Hegen – Photographe aérien

    L’impact guide le quotidien de tous les Ÿnsecters : comment nourrir la planète tout en préservant les ressources et la biodiversité ? Des initiatives se multiplient et nous avons décidé de laisser la parole à celles et ceux qui contribuent à changer le monde, qui proposent des alternatives et qui créent durablement. Aujourd’hui, nous avons rencontré Tom Hegen, un photographe allemand spécialisé dans la prise de vue aérienne, dont l’œuvre s’intéresse à l’empreinte que l’homme laisse dans son environnement. Nous avons échangé sur sa vocation et son travail, sa vision au regard du futur de notre planète, mais également le lien entre l’Homme et la Nature.

    Comment êtes-vous devenu photographe ? Et surtout, un photographe engagé ?

    J’ai étudié le Design et la Communication en Allemagne et au Royaume-Uni entre 2011 et 2017. La photographie faisait partie intégrante de mes études, mais elle a toujours été une passion pour moi, bien avant ça. J’ai commencé par des photographies classiques, pour ne pas dire « romantiques » telles que des photographies de paysages ; mais rapidement, j’ai pris conscience que ces prises édulcorées n’étaient pas représentatives de l’environnement. J’ai donc commencé à interroger le terme « paysage ». Mon travail aujourd’hui est le résultat de ce questionnement : je me concentre sur la prise de paysages qui mettent en lumière l’impact sur terre de la présence humaine.

     

    Vos photographies soulignent la dichotomie entre l’Homme et la Nature, pourquoi ce choix ?

    Tout a réellement commencé après que je me sois rendu à une exposition à Munich en 2015 sur le thème « Anthropocène ». C’est un terme créé par un comité de scientifiques pour décrire une nouvelle ère humaine. A travers le monde, les scientifiques s’accordent à dire que nous les hommes, avons un tel impact sur les processus géologiques, écologiques et atmosphérique de la Terre que nous sommes devenus la force la plus influente de notre planète. Je voulais participer à ce raisonnement avec mon propre langage, la photo, et commencer à attirer l’attention du public sur les grandes questions environnementales pour espérer les inspirer et contribuer positivement au changement de notre planète. Comme je le disais précédemment, j’ai commencé à interroger le terme « paysage » dans le sens de « photographie de paysages ». En anglais, « land » est en réalité un mot d’origine germanique et dont le suffixe « -scape » renvoie au verbe « shaping », « façonner » en français. Donc, l’aménagement paysager ferait référence à une activité humaine qui modifie de manière visible des zones. Par conséquent, j’ai commencé à considérer la photographie de paysage comme une documentation des lieux influencés par l’homme plutôt que comme une photographie de paysage montrant une nature pure et intacte.

     

    Comment choisissez-vous les séries que vous réalisez ? Comment s’organise une prise de vue (équipements, vols etc.) ?

    Pour revenir au terme « anthropocène », dans mon travail j’explore ce concept pour comprendre la mesure de l’impact humain dans les espaces naturels et attirer l’attention sur la manière dont les hommes peuvent en assumer la responsabilité. La majorité de mes projets implique en amont un gros travail de recherche sur le sujet, la zone et les besoins techniques. Avant de m’envoler, j’ai déjà une idée assez précise de ce que j’aimerais photographier. Je planifie toujours mes projets bien avant leur réalisation. La préparation est primordiale en photographie aérienne : elle est synonyme de sécurité et de succès. Je travaille généralement avec une méthode en quatre étapes : recherche, conception, exécution et évaluation. Il est difficile d’évaluer précisément le temps dont j’ai besoin pour réaliser une série : parfois, je garde une idée en tête pendant plusieurs mois avant de pouvoir réellement la mettre en place. Pour réaliser une série, j’utilise différentes techniques : petits avions, hélicoptères, drone, voire des montgolfières. J’ai même réalisé un projet depuis le sommet d’un pont ! Mais en réalité, peu m’importe la technique, je me concentre plutôt sur l’image, la série.

     

    Vous avez réalisé des séries très variées (de la Méditerranée aux Alpes en passant par des marais salants). Quel est le projet qui vous a le plus touché et pourquoi ?

    En 2018, j’ai réalisé un projet sur les effets du réchauffement climatique sur la calotte glaciaire arctique. J’ai filmé la rivière d’eau de fonte et les lacs. Lorsque nous nous sommes approchés en avion de ce paysage, j’ai été littéralement subjugué par ces étendues et leur ampleur, et consterné par le fait que, même si cette région est éloignée, nous avons un tel impact sur elle. Je ne dirais pas qu’il s’agit de ma série préférée, car je n’en ai pas vraiment, mais c’est une série qui a résonné en moi ! Vous pouvez d’ailleurs voir le projet sur mon site web : https://www.tomhegen.com/

     

    Pendant le confinement, vous avez réalisé une série qui comprend de nombreuses photos d’un aéroport désert où les avions restent au sol. Pourquoi ce choix ?

    L’aviation est l’un des points clés de la mondialisation. Depuis les prémices de l’aviation civile, les biens et personnes ont pu être transportés plus rapidement à travers les continents. Toutefois, cette mise en réseau intense du monde signifie également que les maladies se propagent plus rapidement. Par exemple, du fait de la mondialisation, le coronavirus a pu se propager depuis Wuhan jusqu’à l’ensemble des régions du monde, et paralyser la vie publique. On peut aussi voir cette pandémie comme un acte de vengeance de la nature sur la mondialisation ! En avril 2020, le trafic aérien mondial a chuté de manière spectaculaire. Dans de nombreux aéroports du monde entier, les pistes étaient fermées et utilisées comme aires de stationnement pour ces avions cloués au sol. Les avions, autrefois symbole de mondialisation, sont alors devenus un symbole de verrouillage. Et c’est ce que je cherchais : une image symbolique de cette situation historique.

     

    Nous sommes encore en pleine crise de coronavirus et avançons vers les crises les plus importantes de notre époque : une crise alimentaire et climatique. Quelle est votre vision du futur au regard de ces dernières ?

    Nous sommes au milieu d’une transition vers un monde nouveau. Lutter contre le changement climatique et nourrir la population mondiale en constante augmentation sont devenus les défis à relever dans les prochaines décennies. Pour cela, je pense que nous avons davantage besoin d’une révolution que d’une évolution ! Le problème majeur que je soulève est que nous, en tant qu’hommes, ne changeons vraiment les choses qu’en cas d’extrême urgence. Ma génération ne sera peut-être pas vraiment affectée par ces enjeux, mais la grande question est de savoir dans quel état allons-nous laisser la planète aux générations futures.

     

    Quel message souhaitez-vous passer avec vos photographies, et à qui ?

    J’espère que mes photographies donneront une vue d’ensemble et un aperçu du monde dans lequel nous vivons. J’espère également qu’elles encourageront la réflexion pour un changement vers un avenir plus durable et que le spectateur comprendra l’interconnexion de tous ces éléments dans le monde, et que de cette compréhension résultera un comportement plus responsable envers nos ressources et environnement que trop souvent nous prenons pour acquis.

     

     

     

    Pour en savoir plus sur le travail de Tom Hegen :  https://www.instagram.com/tomhegen.de/

    https://www.tomhegen.com/