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  • #Ÿnspire – Pauline Vannier, Chercheur en microbiologie

    L’impact guide le quotidien de tous les Ÿnsecters : comment nourrir la planète tout en préservant les ressources et la biodiversité ? Des initiatives se multiplient et nous avons décidé de laisser la parole à celles et ceux qui contribuent à changer le monde, qui proposent des alternatives et qui créent durablement. Aujourd’hui, nous avons rencontré Pauline Vannier, une microbiologiste spécialisée dans les environnements extrêmes, qui a réalisé dernièrement une expédition à la recherche de la vie dans un volcan en Islande. Nous avons pu échanger sur l’enjeu de son métier, son constat au regard du dérèglement climatique sur l’environnement terrestre et marin, mais également des différences sociétales entre l’Islande et la France.

     

    En quelques mots, pourriez-vous nous expliquer votre métier ?

    Je suis microbiologiste spécialisée dans les environnements extrêmes, c’est-à-dire des environnements dans lesquels l’Homme ne pourrait pas vivre, tels que les volcans, le fond des océans etc. Dès l’âge de 6 ans, je rêvais d’être chercheuse en biologie marine : ma voie était toute tracée ! J’ai fait mes études à l’université puis réalisé une thèse dans un laboratoire à Brest. Après cela, je suis partie en Islande pour mon post doctorat, et au bout de deux ans, j’ai été recrutée en tant que chercheur. Notre équipe de microbiologistes est hébergée au sein de l’entreprise Matis, une entreprise de sécurité alimentaire. Grâce à cela, je touche à de plus en plus de projets liés à l’alimentation.

     

    Comment passe-t-on d’une entreprise d’agro à l’Islande et la recherche de la vie dans un volcan ?

    L’Islande est un pays unique au monde, c’est un véritable observatoire à ciel ouvert ! On retrouve, au sein du territoire, une île exclusivement réservée aux scientifiques qui a été formée du fait d’une éruption marine : l’île de Surtsey ! Notre équipe de microbiologistes a déposé notamment un projet pour prélever des échantillons d’air et de sol après une éruption volcanique. Pendant ce projet, nous avons assisté à l’éruption du volcan Fagradalsfjall. C’était inespéré : avoir accès à des roches volcaniques fraîches ! Pour le moment, la première coulée n’est pas encore tout à fait stabilisée, nous devons donc encore rester prudents avant d’aller échantillonner.

     

     

    Pourriez-vous nous expliquer le but de l’expédition dont vous faites partie ?

    Notre étude des roches volcaniques montre qu’un mois seulement après l’éruption, on retrouve déjà des microorganismes. Ces derniers sont capables de s’adapter partout, même dans les environnements les plus extrêmes. Notre but est donc de prouver que la vie se développe partout et peut se déplacer partout : on a, par exemple, retrouvé dans les Alpes, des cellules provenant d’Islande ! Il faut maintenant attendre les résultats des analyses pour savoir si l’ADN s’est modifié en se déplaçant.

     

    Votre travail en Islande permet également de prendre conscience de l’état de notre planète au regard du réchauffement climatique, quelle est votre vision du futur ?

    C’est vrai que l’environnement et la biodiversité de l’Islande permettent véritablement de se rendre compte des changements climatiques. Il y a encore peu, les pêcheurs ne trouvaient pas de maquereaux aux abords de l’île ; aujourd’hui, leurs filets en sont remplis. Les grands mammifères marins ne migrent plus parce que leur alimentation ne migre pas non plus. En bord de mer, on peut constater la prolifération des algues, du fait de la fonte des glaces et d’un apport trop grand en nutriments. Malheureusement, malgré tous ces constats alarmants, je trouve qu’il y a encore une trop faible prise de conscience. Certes, les scientifiques sont de plus en plus écoutés, mais rien de change ! En Islande, la crise de la COVID-19 a eu un impact très important sur le tourisme, première ressource du pays. Le gouvernent a pris plusieurs mesures pour protéger la nature avoisinante et attirer de nouveau les touristes. Pour le futur, il faudra encore redoubler d’efforts pour limiter notre impact et nous protéger : la nature trouvera toujours un moyen de lutter !

     

    Cette expédition a-t-elle été vectrice d’une prise de conscience pour vous ? Quel message souhaiteriez-vous faire passer au grand public ?

    Il est évident que venir vivre en Islande et travailler dans de grands espaces naturels m’a vraiment confronté à l’impact que nous avons sur nos environnements et biodiversités ! Cela a aussi impacté ma manière de vivre. J’aimerais pouvoir me dire que tout le monde a une conscience écologique qui soit développée. Il faut pouvoir faire du tourisme raisonné : éviter les road trips seuls en Islande par exemple ! Les gens ne se rendent pas compte de la dangerosité du pays, un blizzard peut parfois arriver très vite et surprendre. Il est impératif de faire avec la nature ! Si on prend l’exemple des Islandais, ils ont toujours attaché de l’importance à protéger leur pays et sont en adaptation perpétuelle. On a vraiment beaucoup à apprendre du modèle Islandais en France ! Sur le respect de la nature bien sûr mais aussi sur l’aspect social. En étant une femme mariée, mère et scientifique, en France je ne pourrais pas travailler autant. En Islande, le congé parental est similaire, chaque parent bénéficie de 6 mois, cela permet de s’occuper de nos enfants, mais c’est aussi très valorisé professionnellement. Et bien sûr, le salaire est égal entre hommes et femmes ! Nous devrions vraiment pouvoir nous ouvrir à d’autres modèles et voir au-delà de ce que nous connaissons !

     

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    Après l’Islande, savez-vous quelle sera votre prochaine expédition ?

    Je rêve de l’Antarctique ! J’aimerais beaucoup pouvoir observer les similitudes et différences entre les microorganismes des deux pôles. J’ai aussi envisagé de partir pour l’Australie avec ma famille. La vie d’expatrié nous convient parfaitement : on aime apprendre les uns des autres, découvrir de nouvelles cultures et être au contact des locaux. Le voyage est synonyme d’ouverture d’esprit ! Mais pour l’heure, je reste sur le sol Islandais !