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  • #Ÿnspire – Comment Demiak utilise l’art pour inspirer le changement environnemental

    L’impact guide le quotidien de tous les Ÿnsecters : comment nourrir la planète tout en préservant les ressources et la biodiversité ? Des initiatives se multiplient et nous avons décidé de laisser la parole à celles et ceux qui contribuent à changer le monde, qui proposent des alternatives et qui créent durablement. Aujourd’hui, nous avons rencontré Maarten Demmink, plus connu sous son nom d’artiste, Demiak. Sculpteur, photographe puis peintre, Demiak est de ceux qui laissent le monde autour d’eux influer sur leur travail et guider leur inspiration. Depuis quelques années, au centre de ses œuvres trône la Nature. Dénuée d’hommes ou submergée par eux, déserte ou ayant repris ses droits, les œuvres nous permettent de nous interroger sur notre propre place, dans ces paysages. Nous avons pu échanger sur son travail et son besoin viscéral d’être un artiste, sur sa vision de l’art comme moyen d’agir et de faire agir, mais également son regard sur notre empreinte sur le monde qui nous entoure.

     

     

    Comment décririez-vous votre travail, vous décririez-vous comme un peintre ?

    Je ne sais pas si je me décrirais comme un peintre, mais plutôt comme un artiste. Avant de me consacrer à la peinture, j’ai sculpté et photographié, j’ai touché à différentes formes d’art pour trouver celle qui résonnait le plus en moi. J’aime le fait qu’entre le moment où j’ai une idée et le résultat final, la peinture puisse prendre vie et évoluer au fil du temps. C’est un processus très organique. De mon point de vue, la peinture est comme une soupe de légumes : on utilise les légumes qu’on a sous la main pour cuisiner quelque chose de différent à chaque fois. Je m’inspire de ce qui m’entoure : de ce que je vois, j’entends, que je lis pour créer ma peinture. Pour peindre, je m’inspire aussi de ce que la Nature et la société devraient être selon moi.

     

    Comment devient-on un artiste ?

    J’ai baigné dans l’art toute mon enfance. Mon grand-père et ma mère étaient tous les deux des artistes, et j’ai grandi entouré de peintures. C’est très certainement ce qui a guidé mon choix de carrière. Pourtant, lorsque vers quinze ans j’ai annoncé à mes parents que je voulais intégrer une école d’art, ils étaient inquiets de mon avenir. Ils ne connaissaient que trop bien les moments difficiles auxquels sont confrontés les artistes, et notamment les problèmes financiers. Ils m’ont poussé à rejoindre la formation de graphiste. Après une semaine, j’ai troqué le design contre la peinture et la sculpture en rejoignant la formation qui m’avait initialement attiré. Il fallait que je devienne un artiste, par tous les moyens : c’était devenu viscéral ! J’ai finalement réussi à vivre de mon art pendant près de vingt ans, avant de devenir professeur en parallèle. Le marché a beaucoup changé aux Pays-Bas et il est devenu très difficile d’en vivre pleinement. Finalement, je me sens plus libre aujourd’hui d’avoir fait ce choix, et ironiquement, les peintures se vendent mieux depuis quelque temps ! Cependant, je ne veux pas renoncer à l’enseignement car je trouve ça formidable de pouvoir être en contact avec autant de gens différents, réunis par la même passion.

     

     

    Lorsque vous avez commencé à peindre, vous avez d’abord décrit des paysages surréalistes et postindustriels. Aujourd’hui, votre travail semble être plutôt tourné vers une Nature et une société où l’Homme a disparu. Ce choix reflète-t-il votre vision du futur ? La définiriez-vous comme pessimiste ?

    Il y a maintenant seize ans, je suis devenu père d’une petite fille. Et avec sa naissance, je suis devenu très inquiet du monde dans lequel elle allait grandir. Avant cela, je dirais que je vivais une vie dénuée de préoccupations vis-à-vis du monde qui m’entourait. Lorsqu’on devient parent, on est moins égocentré, on veut profondément que notre enfant grandisse dans le meilleur des mondes. Je ne sais pas si ma peinture est réellement pessimiste. Au contraire, je pense que le spectateur est celui qui peut choisir d’y voir de l’optimisme ou du pessimisme. De manière générale, je pense qu’il y a toujours au moins deux facettes à une œuvre. Lorsque je peins, j’essaie de montrer les belles choses qui nous entourent, mais également d’autres sujets, plus dramatiques et ancrés dans notre actualité. Toutefois, je n’ai pas la prétention de faire passer un message particulier et d’affirmer le sens de ma peinture. Je pense que celles et ceux qui se rendent dans des musées, des galeries, sont ouverts d’esprit et sont ceux qui feront la lecture de l’œuvre. Et celle-ci est donc finalement très personnelle. D’ailleurs, après avoir vu mon travail, les gens qui viennent m’en parler me prouvent qu’ils y voient tous des choses différentes : certains voient du bonheur, d’autres du malheur, voire la fin du monde !

     

     

     

     

     

     

    Dans votre vie quotidienne, agissez-vous dans ce sens, pour préserver l’environnement etc. ? Quel conseil pourriez-vous donner au regard des changements possibles à échelle individuelle ? Pensez-vous que l’Art puisse être acteur de changements ?

    J’ai le sentiment que la plupart des gens sont de plus en plus éduqués sur ces questions. Personnellement, je mange moins de viande, je trie mes déchets etc. Ce n’est pas grand-chose, mais c’est un début. Ma fille en revanche, est dans une école très au fait des sujets environnementaux. Ils organisent par exemple des manifestations pour tenter de changer les choses et faire bouger les lignes. Cette jeunesse est plus actrice que nous ne le sommes, parce que plus inquiète ! Toutefois, pour changer vraiment, je pense qu’il est nécessaire que dans nos actions, individuelles et collectives, de changer notre prisme : de penser d’abord à la planète avant l’argent. Au bout du compte, notre argent sera bien inutile si nous n’avons plus de planète où le dépenser. Mais pour cela, il faut faire corps, tous ensemble. Je suis assez persuadé que l’Art est une force, mais je ne pense pas qu’il puisse être acteur de ce genre de changements. Je pense que pour certains qui veulent vraiment changer, en regardant une œuvre, ils peuvent faire une projection de cette envie sur l’œuvre ! Cette dernière peut être est instigatrice d’une action, mais je ne pense pas qu’elle soit la clé d’une véritable prise de conscience.

     

    Chez Ÿnsect, l’impact et les questions environnementales sont au cœur de notre ADN. Nous partageons avec tous les collaborateurs 5 valeurs qui font notre état d’esprit quotidien : explorateur, solidarité, authenticité, adaptabilité et équilibre. Quelle est celle qui vous parle le plus et pourquoi ?

    D’un point de vue personnel, la notion de solidarité me parle énormément. Je reviens à la relation que je partage avec ma fille, mais aussi aux gens en général : lorsque deux personnes tiennent l’une à l’autre, alors naturellement elles se souhaiteront le meilleur et chercheront à s’améliorer ! Concernant mon travail, je dirais l’authenticité. Mon travail est finalement très connecté à moi-même, à ce que je ressens, ce que je vois. Et en tant que spectateur, les artistes qui peuvent m’émouvoir sont ceux qui, lorsque je suis face à leurs œuvres, me font presque sentir leur présence, leur force d’esprit et leur volonté. C’est aussi ça, pour moi, la définition d’un artiste.