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  • #Ÿnspire – Louis Jacquot – Co-fondateur des Cuistots Migrateurs

    L’impact guide le quotidien de tous les Ÿnsecters : comment nourrir la planète tout en préservant les ressources et la biodiversité ? Des initiatives se multiplient et nous avons décidé de laisser la parole à celles et ceux qui contribuent à changer le monde, qui proposent des alternatives et qui créent durablement. Aujourd’hui, nous avons rencontré Louis Jacquot, co-fondateur des Cuistots Migrateurs, une entreprise qui offre aux réfugiés l’opportunité de partager leurs cultures, apprendre le français et trouver un emploi par le biais de la cuisine. Nous avons pu échanger sur le projet, l’école qu’ils ont créée et les candidats, les challenges futurs, mais également le futur de l’alimentation, la place des insectes et le changement de regard du grand public sur les réfugiés.

     

    Comment est née l’idée des cuistots migrateurs ?

    Les Cuistots Migrateurs est une entreprise sociale qui a vu le jour en 2016 d’après une idée commune entre Sébastien et moi. Nous voulions créer une entreprise à double vocation : économique et sociale. Nous cherchions encore une idée lorsque nous avons été rattrapés par l’actualité de la crise migratoire à l’automne 2015. Nous avons eu alors l’idée de permettre aux personnes réfugiées de s’intégrer en France grâce à un travail et de valoriser leurs cultures via des recettes de cuisine. Ainsi, nous souhaitons modestement participer au changement de regard que nous avons sur les migrants. Trop souvent, dans nos médias, les migrants sont associés aux problèmes, aux drames et aux menaces. Nous voulons montrer qu’ils sont une force et que ces gens ne sont pas ici par choix, mais pour survivre.

     

    Pourquoi la cuisine comme vecteur d’intégration ?

    La cuisine s’est imposée comme une évidence parce que Sébastien et moi partageons cette passion. Nous adorons savourer de bons plats et avons eu la chance de beaucoup voyager et de nous asseoir à de nombreuses tables du monde. Et puis, la cuisine réunit, elle rassemble les peuples, c’est un moment de plaisir et d’échanges. Nous voulions vraiment gommer l’aspect négatif véhiculé dans nos sociétés sur les réfugiés et apporter de la couleur, du goût !

    Crédit photos : Guillaume Czerw

     

    Comment s’organise le recrutement des réfugiés ? La langue peut-elle se révéler une barrière ?

    A l’origine du projet, nous n’y connaissions rien et n’avions pas d’engagements associatifs personnels. Nous avons donc commencé par échanger avec les acteurs tels que Singa, France Terre d’Asile etc. qui nous ont aidé à recruter les réfugiés. La langue est évidemment une difficulté mais nous essayons de trouver des gens ayant un niveau suffisant en anglais ou en français. D’ailleurs, au-delà de la cuisine, nous mettons l’accent sur l’apprentissage de la langue. Mais avant tout, nous cherchons des gens motivés, ayant envie de partager leurs recettes et leurs cultures.

     

    Vous avez lancé un appel aux dons dans le cadre de la création d’une école de cuisine à destination des réfugiés, les premiers stagiaires sont rentrés dans la vie professionnelle, quel bilan en tirez-vous ?

    Cette école est la troisième partie de notre projet initial. La première partie est notre activité de traiteur et la deuxième, la parution de livre de cuisine qui raconte notre histoire et transmet nos recettes. Cette école est l’aboutissement de notre mission sociale. Aujourd’hui, la restauration c’est 100 000 postes à pourvoir et des professionnels qui ont des difficultés à recruter. Nous offrons donc une formation de 4 mois et demi, gratuite et certifiante, qui prépare au Titre Professionnel de Commis de Cuisine. Notre programme pédagogique met l’accent sur la langue française, l’élaboration d’un CV et l’acquisition de « compétences douces » … la cuisine évidemment ! Grâce à nos partenaires et à un consortium d’acteurs qui participent à la formation, nous faisons connaître l’école auprès des populations réfugiées pour les encourager à la rejoindre. Aujourd’hui, nous dressons un bilan plus que positif : nous avons reçu des personnes de tout âge, sexe, religion, nationalité mais qui partagent le même point commun : une motivation sans faille et une assiduité à toute épreuve. C’est donc très encourageant ! 70% des apprenants de la première promotion de l’Ecole ont déjà trouvé un emploi moins de 3 mois après la fin de leur formation. Cet accès à l’emploi est notamment facilité par un stade pratique de 3 semaines en fin de formation dans l’un de nos établissements partenaires parmi lesquels BMK Paris, Bao Family, Hector Traiteur, Le Bichat, Lecointre etc. Nous les remercions d’ailleurs pour leur engagement à nos côtés ! Un an après la création de notre école, nous continuons de recevoir beaucoup de candidatures, si bien que nous réfléchissons à ouvrir un lieu plus grand et développer d’autres formations en lien avec la cuisine, comme le service en salle par exemple.

    © Corentin Fohlen. Paris. 18 janvier 2021. Premiere formation de l’ecole des cuistots migrateurs aupres de 10 etudiants refugies en France. Preparation d’un glacage de legumes.

     

    Comment participez-vous à changer le regard du grand public sur les réfugiés ?

    L’idée c’est de montrer que les réfugiés ne sont pas des gens venus profiter ou usurper, mais travailler. Nous le démontrons avec l’école, avec notre activité de traiteur. On essaye également de diffuser notre histoire un peu partout : via le livre, sur les réseaux sociaux ou par le biais d’évènements. Nous avons à cœur de prouver qu’ils ne sont pas le reflet de l’image qu’on en voit dans les médias !

     

    Vous portez une entreprise aux valeurs de partage et solidarité très fortes, quel message aimeriez-vous transmettre au grand public ?

    Je me souviens d’un évènement où plusieurs personnes nous demandaient où étaient les réfugiés. Alors même que ces derniers assuraient le service. Cette anecdote est le reflet de cette image fausse que le public a. Par nos actions, nous souhaitons pouvoir transmettre la curiosité vis-à-vis de l’autre, des autres cultures ; de la bienveillance et une ouverture aux autres. C’est ce qui manque dans nos sociétés. D’ailleurs, la composition de notre équipe de cuisiniers en est la preuve : nous sommes tous d’horizons différents, de cultures différentes et pourtant, notre association fonctionne parce que chacun est en mesure d’apporter son différentiel, un peu de chez soi ! Nous aimerions beaucoup pouvoir inspirer d’autres gens à en faire autant.

    Crédit photos : Guillaume Czerw

     

    Nous avançons peu à peu vers une crise alimentaire sans précédent, comment envisagez-vous son impact dans le secteur de la restauration ?

    Nous ne nous projetons pas aussi loin, mais nous essayons déjà d’avoir des actions pour remédier à ce problème. Par exemple, nous développons de plus en plus de recettes végétariennes et vegans, ce qui consiste un véritable défi puisque dans de nombreuses recettes, la viande est intégrée au plat. Nous essayons également d’aller vers davantage de saisonnalité, or il est parfois difficile de trouver des recettes pour toutes les saisons. Nous avons un vrai souhait de réinventer la cuisine, de faire en sorte que chacun puisse y apporter du sens, de la créativité que cela soit en apportant des idées de chez soi, soit en étant inventif avec les ingrédients.

     

    Récemment, le ver de farine a été autorisé pour la consommation humaine, seriez-vous disposé à l’intégrer dans vos assiettes ?

    J’ai déjà eu l’occasion d’en goûter, mais c’était toujours de manière récréative : sous forme de chips, à l’apéritif etc. Je n’en ai jamais consommé en plat principal mais je suis curieux.

     

    Pensez-vous internationaliser votre projet vers des pays où le nombre de réfugiés ne cesse d’augmenter (Angleterre) ?

    Aujourd’hui nous sommes présents à Montreuil et délivrons nos services en Ile-de-France. Il y a encore énormément de choses à faire ici. Nous allons donc d’abord poursuivre sur notre lancée et nous concentrer sur notre projet d’école. Par la suite, nous aimerions pouvoir nous développer dans d’autres villes françaises voire au très long terme, à l’étranger. Mais la priorité reste de nous structurer, d’améliorer nos offres et de prendre le temps de réfléchir à notre développement.

     

    *Crédit photos :

    • Portrait Louis Jacquot : William Kano