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  • #Ÿnspire – Joel Doré, Chercheur en écologie microbienne intestinale

    L’impact guide le quotidien de tous les Ÿnsecters : comment nourrir la planète tout en préservant les ressources et la biodiversité ? Des initiatives se multiplient et nous avons décidé de laisser la parole à celles et ceux qui contribuent à changer le monde, qui proposent des alternatives et qui créent durablement. Aujourd’hui, nous avons rencontré Joel Doré, chercheur en écologie microbienne à l’INRAE et directeur scientifique du centre d’excellence en analyse du microbiome MetaGenoPolis. Nous avons pu échanger sur l’enjeu de son métier, son constat sur le pouvoir de notre intestin, souvent surnommé « deuxième cerveau » et le rôle d’une bonne alimentation dans notre équilibre quotidien.

     

     

    Pourriez-vous nous expliquer votre parcours et en quoi consiste votre métier ?

    Dans les années 80, j’ai intégré AgroCampus Ouest, à Rennes et j’en suis sorti diplômé ingénieur en physiologie animale. Par la suite, j’ai réalisé un doctorat en microbiologie intestinale. Aujourd’hui, je suis directeur de recherche à l’INRAE mais également directeur scientifique du centre d’excellence en analyse du microbiome MetaGenoPolis. Je travaille notamment sur les liens entre le microbiote intestinal et les maladies chroniques. Ces recherches sont ensuite valorisées dans des applications diagnostiques et thérapeutiques.

     

    En quelques mots, pourriez-vous nous expliquer ce qu’est le microbiote intestinal ?

    Le microbiote intestinal, c’est l’ensemble des micro-organismes qui vivent dans le tube digestif. L’Homme est microbien, dès la naissance. Notre organisme se développe au fur et à mesure que nous grandissons et avec lui, nos microbiotes. Sa présence et son existence sont acquis, et nous ne sommes pas seulement porteurs, nous sommes en interaction permanente depuis la naissance ! Ces micro-organismes nous apportent des fonctions protectrices, ils permettent la digestion, l’apport en vitamines mais aussi d’aiguiser nos défenses naturelles pour les maintenir vigilantes. Ils sont en réalité essentiels à la vie en bonne santé !

     

    Dans vos recherches, vous abordez le lien entre le microbiote et les maladies chroniques. Pourriez-vous nous en dire un peu plus ?

    Aujourd’hui, l’axe qui relie le cerveau avec l’intestin n’est plus à démontrer. L’expression « stress de l’examen » peut servir d’exemple très concret : lorsqu’on passe un examen, le stress peut affluer et provoquer des douleurs, un mal-être, de l’inconfort. Cependant, après des années de recherches, nous sommes désormais capables d’identifier un axe qui va de l’intestin vers le cerveau. Cet axe peut emprunter différents moyens de communication dont la voie sanguine, les nerfs etc. Par exemple, lorsqu’on a mangé, notre intestin envoie vers le cerveau des molécules qui signalent notre satiété, et régulent notre prise alimentaire. Le lien entre le microbiote et les maladies chroniques s’exprime de cette même façon : lorsque notre microbiote est en mauvaise santé, on dit qu’il est altéré, alors ce dérèglement pourrait entraîner des maladies dites chroniques : cancers, maladies cardiovasculaires, maladies métaboliques, troubles du système digestif etc. Nous travaillons à démontrer l’importance de la relation hôte microbiote y compris en termes de causalité. En effet, c’est l’éternelle question de « l’œuf ou de la poule » : nous ne savons pas encore si ce sont les dérèglements du microbiote qui provoquent ces maladies, ou si ce sont les maladies qui entraînent le dérèglement du microbiote. Cela étant, nous fonctionnons comme un système complexe pour lequel la relation hôte microbiote est centrale et son altération, quel qu’en soit l’évènement initial, au cœur du risque des maladies chroniques.

     

    Mais comment pouvons-nous savoir que notre microbiote est en mauvaise santé ?

    Pour se rendre compte de l’altération de son microbiote, il faut en fait écouter son corps. Cela peut s’exprimer par des douleurs, une altération du transit etc. Ces symptômes sont des signes avant-coureurs d’un dérèglement. Lorsque les symptômes sont très prononcés, il est possible qu’ils rejaillissent ensuite sur d’autres parties du corps humain. Aujourd’hui, le microbiote, et l’intestin de manière plus générale, sont très souvent associés au développement de grandes pathologies modernes. Au cours du siècle dernier, nous avons changé de nombreuses choses de notre quotidien : nous sommes devenus sédentaires, tout ce qui entoure la naissance a changé, les technologies ont évolué et les traitements ont augmenté, notre alimentation a changé, nous sommes de plus en plus exposés à des composés de la chimie environnementale pour lesquels nous n’étions pas prêts. Tous ces facteurs augmentent le risque de mettre à mal son microbiote, notamment parce qu’ils sont susceptibles d’entraîner du stress, une mauvaise alimentation et hygiène de vie.

     

    Comment pallier cela et mieux prendre soin de son microbiote ?

    Je n’ai rien inventé, il n’y en réalité pas de véritables secrets pour en prendre soin. Il faut simplement s’assurer de répondre à quelques-uns de ses besoins : évoluer dans un environnement serein, c’est-à-dire qui puisse nous éviter du stress, bouger, être en contacts réguliers avec la nature avoisinante, limiter l’exposition à la chimie et au transformé, et avoir une alimentation qui soit adaptée. D’ailleurs, ce dernier point peut avoir un réel impact sur le fonctionnement du microbiote intestinal. Un mauvais régime alimentaire, c’est synonyme de « trop » : trop gras, salé, trop sucré, mais également trop d’alcool ou de tabac. Aujourd’hui, on entend souvent qu’il est indispensable de manger au moins 5 fruits et légumes par jour pour avoir un régime équilibré. J’oserais aller plus loin et proposer de consommer une vingtaine de fruits et légumes différents par semaine. Cela permettrait de manger varié, d’avoir des apports différents et de faire le plein de bonnes choses, y compris pour doper notre microbiote intestinal !

     

    Vos recherches et les résultats qui en découlent permettent-ils de faire changer les choses autant d’un point de vue diagnostic qu’auprès du grand public ?

    Les résultats de nos recherches, notamment sur le lien entre microbiote et maladies chroniques que nous avons évoqué précédemment, permettent notamment de mieux diagnostiquer et de tenter de prévenir. Cette prévention est un besoin urgent parce qu’au cours du siècle dernier, nous avons pu observer une augmentation drastique des maladies chroniques. L’OMS prévoit qu’une personne sur quatre sera concernée dans le futur proche : aujourd’hui, c’est une naissance sur cinquante aux Etats-Unis qui présente des signes d’autisme. Grâce à nos recherches, on pourra permettre aux praticiens de prescrire l’analyse sanguine mais également celle du microbiote pour aider à ajuster les recommandations et trouver la meilleure prise en charge possible. Auprès du grand public, nous tentons de faire passer des messages pour aider les gens à prendre mieux soin d’eux et à trouver leur bon équilibre de vie. Ma devise : prenez soin de vous et de votre microbiote !