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  • #Ÿnspire – Gaëlle Devoucoux – Responsable des partenariats privés, HCR France

    L’impact guide le quotidien de tous les Ÿnsecters : comment nourrir la planète tout en préservant les ressources et la biodiversité ? Des initiatives se multiplient et nous avons décidé de laisser la parole à celles et ceux qui contribuent à changer le monde, qui proposent des alternatives et qui créent durablement. Aujourd’hui, nous avons rencontré Gaëlle Devoucoux, responsable des partenariats privés au HCR France, l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés. Nous avons pu échanger sur les crises de déplacements de notre époque, notamment la guerre en Ukraine, du statut de réfugié mais aussi sur la manière pour chacun d’entre nous d’apporter notre aide aux personnes affectées par ces crises.

     

    Pourriez-vous nous expliquer en quoi consiste votre travail et votre parcours pour y parvenir ?

    Lors de mes études supérieures, j’ai intégré une école de commerce dans laquelle, je me suis spécialisée en « entrepreneuriat social ». Par la suite, j’ai pu travailler en Inde et au Liban, directement sur le terrain auprès des populations en difficulté. De retour en France, j’ai choisi de rejoindre le secteur de la finance solidaire. L’échelle internationale restait dans un coin de ma tête, de sorte que je me suis dirigée ensuite de nouveau vers des organisations mondiales telles qu’Action contre la faim et le HCR aujourd’hui où je travaille à initier ou poursuivre des collaborations avec les entreprises françaises. Notre organisation, créée en 1950, a pour mission de sauvegarder les droits fondamentaux des personnes réfugiées, leur apporter une aide vitale et les aider à se construire un avenir meilleur. Mon travail au sein du HCR consiste à rechercher et identifier des partenaires intéressés pour développer un soutien aux grandes crises de déplacements forcés de notre époque.

     

    Qu’est-ce que signifie le terme « personne déplacée de force » ? Est-ce que cela s’applique à tous les cas de figure ?

    Par « personne déplacée de force », on entend toutes les personnes obligées de quitter leur foyer du fait de persécutions (liées à leurs opinions politiques, à leurs orientations sexuelles, religieuses par exemple). Lorsqu’on parle de déplacements forcés, on fait référence aux personnes qui ont dû soit passer une frontière, soit qui se sont déplacées au sein de leur propre pays. Mi 2021, plus de 84 millions de personnes étaient concernées par cette situation. Pour la grande majorité (en 2020), ces personnes étant en provenance de Syrie, d’Afghanistan, mais aussi du Venezuela ou du Myanmar et ont trouvé refuge dans des pays d’accueil tels que la Turquie, le Pakistan, la Colombie ou encore l’Allemagne. La plupart de ces personnes ont donc rejoint des pays voisins de leur pays d’origine, c’est un point important.

     

     

    Dans quel type de contexte agissez-vous ?

    Le HCR est une organisation internationale qui compte 18 000 collaborateurs répartis dans plus de 130 pays. Ce grand nombre d’acteurs nous permet d’être, dans la plupart des cas, déjà présents dans le pays lorsqu’une crise humanitaire éclate. En 2021, nous nous sommes occupés d’une quarantaine de crises dans une trentaine de pays, deux fois plus qu’il y a quelques années ! Au quotidien, nous distinguons deux sortes de crises : les crises de longue durée, comme par exemple en Syrie ou en Afghanistan ; et les crises émergentes comme la pandémie mondiale ou encore les urgences climatiques. Bien qu’elles soient soudaines, nous tentons d’anticiper les crises le plus possible. Nous travaillons d’abord à la création de partenariats locaux et nos équipes sur place sont préparées pour répondre aux crises car nous planifions l’action afin de la rendre la plus rapide et pertinente.

     

    Fin février 2022, la guerre en Ukraine a provoqué une onde de choc, poussant des milliers de personnes à quitter brusquement leur foyer. Le HCR est venu en aide à la population. Pourriez-vous nous en dire plus sur la gestion de cette crise encore en cours ?

    La guerre en Ukraine a déjà touché plus de 14 millions de personnes à ce jour, dont 6 millions ont dû fuir le pays. Le HCR est présent en Ukraine depuis 1994 et a déjà participé à la mise en place de solutions humanitaires. Au début de cette crise, nous avions établi un plan de réponse à l’urgence pour environ 4 millions de personnes réfugiées dans les pays voisins de l’Ukraine. La crise en cours dépasse cette planification. Notre travail doit permettre d’assurer aux personnes déplacées internes ou réfugiées de trouver de l’aide et une assistance adéquate lorsqu’elles arrivent dans un nouvel endroit. 90 % des personnes ayant dû fuir l’Ukraine sont des femmes et des enfants. Nous devons veiller à lutter contre le trafic et les violences sexuelles et assurer la protection des enfants et plus largement de ces populations vulnérables. Tout doit être mis en place pour assurer en urgence une réponse de qualité aux besoins exprimés.

     

    Aujourd’hui, les derniers rapports du GIEC indiquent que nous avançons vers une crise climatique sans précédent. Êtes-vous préparés à ce type d’urgences globales ? Comment agissez-vous face au dérèglement climatique ?

    L’urgence climatique est bien évidemment un des sujets d’inquiétude majeurs de notre époque. Le changement climatique aggrave bien souvent les déplacements forcés des populations issues des pays qui contribuent le moins au changement climatique. Ainsi, les crises et désastres climatiques viennent aggraver la pauvreté, les pénuries d’eau, l’insécurité alimentaire notamment. On estime[1] que d’ici 2050, plus de 200 millions de personnes par an auront besoin d’une aide humanitaire en raison des déplacements causés par ces catastrophes. Le HCR a nommé un conseiller spécial pour le climat auprès du Haut-Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés : son rôle consiste à contribuer au cadre d’action de notre organisation sur ces sujets. La réduction de notre empreinte carbone et les projets à mener en lien avec la préservation de l’environnement font aussi partie des priorités du HCR pour 2022 (et au-delà). Par exemple, des programmes du HCR liés à l’énergie solaire ou la lutte contre la déforestation sont en développement.

     

    Pouvez-vous nous en dire plus sur les « réfugiés climatiques » ?

    Attention, le terme de « réfugié climatique » n’existe pas en droit international, mais des directives récentes publiées par le HCR indiquent qu’en vertu de la Convention de 1951 sur les réfugiés qui en définit le statut, « certaines personnes peuvent valablement prétendre au statut de réfugié lorsque les effets néfastes du changement climatique ou de catastrophes interagissent avec le conflit et la violence. » Des cadres juridiques régionaux reconnaissent également que les effets du changement climatique peuvent être considérés comme « des événements troublant gravement l’ordre public ».

     

     

    Comment agir à l’échelle individuelle ?

    Je trouve sincèrement très enthousiasmants les élans de solidarité qui peuvent se mettre en place en cas de crise humanitaire majeure. L’Ukraine en est un exemple : de nombreux pays ont créé des chaînes de solidarité pour mobiliser des dons financiers ou offrir des dons en nature aux personnes ayant dû fuir leur foyer. Toutefois, il faut savoir que la meilleure façon d’aider des personnes qui se déplacent en si grand nombre qui ont des besoins très différents d’un endroit du monde à l’autre et souvent traumatisés par un exil difficile, c’est d’apporter un soutien financier à des organisations présentes sur place. Les fonds peuvent être utilisés par exemple pour mettre en oeuvre des dispositifs de « cash assistance » comme en Pologne par exemple. Cette aide financière sans restriction est mise en place dans certains pays d’accueil : les personnes sont redirigées vers des centres d’enregistrement où un entretien est réalisé pour comprendre les vulnérabilités des personnes (si elles ont des enfants à charge, des sujets liés à des handicaps, des personnes âgées en responsabilité, etc). Grâce à cet échange, la personne peut recevoir une aide financière directement fournie en distributeur de billets de banque, afin de subvenir elle-même à ses besoins. Au-delà de l’efficacité de ce type d’aide qui peut être déployée à très grande échelle, la « cash assistance » redonne de façon transitionnelle aux familles déplacées de force un élément essentiel : leur dignité.

     

    Plus d’informations sur le HCR : Site officiel | Twitter Facebook Instagram

    [1] Source: International Federation of Red Cross and Red Crescent Societies (IFRC), “The Cost of Doing Nothing: The Humanitarian Price of Climate Change and How It Can Be Avoided” (Geneva, 2019).