• Partenaires
  • Actus & presse
  • #Ÿnspire – Beatrix Bos, Technologies de l’énergie durable

    L’impact guide le quotidien de tous les Ÿnsecters : comment nourrir la planète tout en préservant les ressources et la biodiversité ? Des initiatives se multiplient et nous avons décidé de laisser la parole à celles et ceux qui contribuent à changer le monde, qui proposent des alternatives et qui créent durablement. Aujourd’hui, nous avons rencontré Beatrix Bos, figure inspirante de sa génération aux Pays-Bas, lauréate du World Solar Challenge de 2017 et ambassadrice de l’association Lead Your Futur, qui incite les jeunes femmes à s’entraider dans le monde professionnel. Nous avons pu échanger sur le rôle de la technologie face aux grands enjeux de notre temps, les challenges que vont devoir relever les jeunes de sa génération, mais nous avons pu également aborder les questions d’écologie, de féminisme et de ses futurs projets.

     

     

    Pourriez-vous nous expliquer en quoi consistent vos études et votre travail ?

    En juillet dernier, j’ai été diplômée d’Eindhoven University of Technology. J’y ai réalisé un Bachelor en Innovations durables, puis un Master en Technologies de l’énergie durable. C’est un parcours dont je suis fière parce qu’il m’a apporté de grandes connaissances en technologies, mais également parce qu’il m’a permis de penser le lien entre technologie, social et économie. J’y ai vraiment appris à penser la technologie de manière plus large que la « simple » innovation, et à l’insérer dans un système à grande échelle. A ce jour, je travaille pour DIFFER (Dutch Institute for Fundamental Energy Research) où je coordonne un projet concentré sur la transition énergétique. Mon travail consiste à mettre en place les bons processus et procédures pour parvenir à une conception de la future infrastructure énergétique, malgré les inconnues actuelles.

     

    En 2017, vous et votre équipe avez remporté le World Solar Challenge avec votre concept de voiture familiale propulsée par la seule force du soleil. Pourriez-vous nous en dire plus sur ce projet ?

    Pour participer à ce projet, j’ai interrompu mes études pendant un an et demi. Il fallait vraiment que nous puissions tous nous y consacrer pleinement. J’y ai pris part avant tout pour me challenger moi-même, me dépasser. Nous avons choisi de proposer un projet autour d’une voiture familiale parce que c’est un concept extrêmement familier, qui parle à tout le monde. Nous voulions vraiment nous focaliser sur un projet dans lequel les gens peuvent se projeter. Et c’est cela qui a beaucoup plu, au-delà de l’utilisation de technologies durables. Notre voiture, Stella Vie, peut accueillir jusqu’à 5 personnes et a une capacité maximum de 1000km en autonomie. Elle est équipée de batterie en lithium pour attirer et stocker l’énergie solaire. Monter ce projet a vraiment été très formateur pour moi !

     

    Comment envisagez-vous la suite de ce projet ? Est-ce qu’il est crucial, selon vous, que le secteur automobile soit l’un des premiers à se transformer ?

    à la suite du challenge, les fondateurs du projet ont entrepris de poursuivre le projet en créant « Light Gear ». Plusieurs membres de l’équipe ont d’ailleurs rejoint l’entreprise pour continuer d’y réfléchir et proposer une véritable solution. J’admire leur démarche. C’est vraiment difficile de faire valoir le changement dans un secteur avec des marques implantées depuis des siècles. De manière plus générale, je pense qu’il ne faut pas essayer de changer un secteur avant un autre, mais plutôt d’essayer de tout changer petit à petit ! Et en termes d’automobiles, il est déjà possible de faire beaucoup : améliorer l’aérodynamisme des voitures par exemple. Si je peux faire une comparaison entre la France et les Pays-Bas, j’ai vraiment l’impression que les voitures électriques se développent plus rapidement aux Pays-Bas : à plusieurs reprises pendant des trajets à Paris ou dans des villes comme Amsterdam ou Eindhoven, j’ai tenté de compter les voitures électriques que je croisais. J’en ai conclu qu’en France, les foyers se mettent plus lentement à l’électrique ! Et, en menant des recherches, je me suis également rendu compte que les Pays-Bas est le pays d’Europe avec le plus de bornes de recharges au kilomètre ! C’est sûrement aussi une explication à ce phénomène.

     

    En 2020, vous avez également pris la parole pendant la première édition de Techrede pour mettre en lumière le rôle de la technologie et de votre génération au sein de la société. Selon vous, est-ce que la technologie est une réponse aux grands challenges de notre temps ? Comment envisagez-vous le futur sur ce point ?

    Je suis intimement convaincue que les technologies peuvent apporter une réponse aux grands défis auxquels nous devons faire face. Mais, je suis aussi persuadée que la technologie seule ne peut pas changer tout un système. Il faut qu’elle fasse corps avec une intégration progressive et à tous les niveaux pour que les gens l’acceptent réellement. D’ailleurs, j’ai l’impression que cette acceptation incombe à notre génération : nous devons travailler à faire accepter aux autres générations de changer le système qu’eux-mêmes ont mis en place. Cependant, l’activisme de ces dernières années, notamment concernant le climat, montre qu’il y a des gens prêts à passer à l’action, à changer les choses. Je ne suis pas moi-même une activiste mais j’essaie de changer des choses dans mon quotidien pour que cela devienne ensuite une habitude, comme manger moins de viande, acheter moins de vêtements, limiter mes déplacements en voiture etc. C’est en essayant de changer, en débattant qu’on peut réussir à faire évoluer les mentalités.

     

    Vous êtes également engagée auprès de l’association Lead Your Future, une plateforme qui met en relation des jeunes femmes pour créer de l’entraide dans le monde du travail. Pourquoi cet engagement vous semblait nécessaire ? Quelle est votre opinion au regard de la place de la femme dans les secteurs technologiques ?

    Je pense que cet engagement est primordial pour montrer à toutes ces jeunes femmes qu’elles peuvent avoir accès à n’importe quel travail, qu’elles sont capables, ont du talent, et qu’elles ne doivent pas craindre de se lancer. D’ailleurs, beaucoup sont issues de familles qui n’ont pas accès à toutes ces informations et il faut donc le leur apporter et leur montrer que tout est possible ! J’interviens en prodiguant des conseils et en prenant la parole. Je suis encore jeune et je deviens un modèle pour elles, c’est assez déstabilisant ! De mon côté, mes deux parents ont fait des études techniques. Mon père a toujours tenu à ce que je mette les mains dans le cambouis, que j’essaie de me débrouiller par mes propres moyens. Aujourd’hui, j’ai conscience que ce n’est pas donné à tout le monde : dans mon master, il n’y avait que 20% de femmes, c’est encore trop peu ! D’ailleurs, lorsque j’effectue des recherches d’emplois, je regarde quel est le pourcentage de femmes dans l’équipe ou dans l’entreprise, c’est quelque chose qui peut déterminer mon choix. Toutefois, si j’ai évolué dans un monde assez masculin, j’ai plutôt réussi à tirer mon épingle du jeu car l’université et certaines entreprises voulaient mettre en avant les femmes dans ces milieux. J’aimerais donc pouvoir montrer à ces jeunes femmes que, parfois, on peut en tirer profit !

     

    Quel message voudriez-vous faire passer avec tous vos projets et engagements auprès du grand public ?

    J’aimerais justement faire passer ce message positif d’être une femme dans un environnement technologique ! Il faut que les femmes mettent toutes leurs chances de leur côté et ne briment pas leur créativité. Pour le reste, j’aimerais que les gens arrivent à envisager le changement comme une situation gagnant – gagnant : le changement n’est pas une contrainte ou une punition, il permet d’accéder à d’autres choses, de faire avancer une société, de limiter notre impact sur l’environnement.

     

    Quels sont vos prochains challenges ?

    Pour l’heure, j’aimerais finir le projet que j’ai entrepris auprès de DIFFER, et le réussir ! Et par la suite, je voudrais chercher un nouvel emploi. Pourquoi pas en France !