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  • Ÿnspire – Anaëlle Marot, instigatrice du projet Azur

    Aujourd’hui, nous avons rencontré Anaëlle Marot, instigatrice du Projet Azur, un projet qui réunit des aventurières autour d’expéditions sportives pour ramasser des déchets.

    L’impact guide le quotidien de tous les Ÿnsecters?: comment nourrir la planète tout en préservant les ressources et la biodiversité?? Des initiatives se multiplient et nous avons décidé de laisser la parole à celles et ceux qui contribuent à changer le monde, qui proposent des alternatives et qui créent durablement. Aujourd’hui, nous avons rencontré Anaëlle Marot, instigatrice du Projet Azur, un projet qui réunit des aventurières autour d’expéditions sportives pour ramasser des déchets autour de la Méditerranée, de la Loire et bientôt dans les montagnes. Nous avons pu échanger sur le projet, les ambitions pour le futur, les challenges à relever, mais nous avons pu également aborder les questions de pollutions marines et enjeux environnementaux.  

     

     

    Pouvez-vous nous présenter en quelques mots le Projet Azur??  

    Le Projet Azur, c’est un collectif d’éco-aventurières qui parcourent pendant plusieurs mois un bout de France avec pour objectif d’organiser des collectes de déchets, de rencontrer les acteurs de l’environnement locaux et de sensibiliser le grand public aux questions environnementales. Nos moyens de transport de prédilection sont le vélo et le kayak. Notre objectif, c’est d’être des passeurs de l’information entre tous les interlocuteurs qui, parfois, ne communiquent pas entre eux.   

    En 2020, vous vous lancez dans une expédition et avez ramassé 3,5 tonnes de déchets. Quel a été le déclencheur de cette initiative??

    Depuis plusieurs années, j’allais régulièrement au bord de la Méditerranée. Et l’omniprésence du plastique sur les plages m’a profondément choquée?: j’ai vu des oiseaux faire leur nid avec du plastique, entendu des pêcheurs décrire l’intérieur des poissons qu’ils remontaient. Et tout cela a créé une boule d’angoisse en moi?: je me sentais impuissante face à l’immensité du problème mais j’avais envie d’agir?! J’ai alors réfléchi sur la manière dont je voulais agir. Il n’était pas question de militer dans l’agressivité ou dans la tristesse. Mais il aura fallu que quelqu’un me montre pour que je me lance. Mon déclic a eu lieu lorsque j’ai regardé le documentaire Le Grand Saphir?: la beauté des images, la performance sportive mis en avant, la capacité à fédérer les gens autour d’une mission, tous ces éléments ont achevé de me convaincre?! J’ai donc quitté mon travail pour faire de mon loisir un travail à plein temps au service d’une mission environnementale?: parcourir la méditerranée en kayak pour collecter les déchets.  

    Vous êtes présidente de l’association «?tout sur ma mer?» qui sponsorise le Projet Azur, pourriez-vous nous expliquer l’objectif de cette association?? Pourquoi avoir sponsorisé le P.A??  

    En réalité, l’association est majoritairement tournée vers le Projet Azur. Nous organisons l’année en deux temps?: pendant l’été, nous organisons les aventures, c’est-à-dire les parcours que vont entreprendre nos aventurières et pendant lesquelles elles organiseront les collectes de déchets. Et pendant l’hiver, nous nous occupons de manière individuelle de retranscrire la manière dont nous avons vécu cette aventure et de les partager au plus grand nombre via des conférences, des films etc. L’association permet de sensibiliser le grand public aux questions environnementales, notamment les sujets liés à la pollution marine.  

    Chez Ÿnsect, nous avons 5 valeurs?: explorateur, authenticité, adaptabilité, solidarité et équilibre. Quelle est celle qui vous correspond le plus?? Pourquoi??  

    Je dirais l’adaptabilité parce qu’à mes yeux, cela signifie prendre en compte différents paramètres. Ce n’est pas une valeur égoïste, qui sert un enjeu individuel. Il y a une manière de prendre en compte l’environnement qui nous entoure, de trouver un équilibre entre soi et ce dernier. 

    Que faites-vous des déchets collectés?? Quel est le déchet le plus courant??  

    Sans hésitation, la bouteille plastique?! Il y en a partout. C’est un déchet qui est très facile à obtenir?: dans les grandes surfaces, les petits commerces … et cela s’envole très facilement, ce qui explique sa propagation. 70% des déchets collectés sont du plastique, et majoritairement, du plastique à usage unique. Ces derniers nous frustrent parce qu’ils pourraient facilement disparaître de notre quotidien?! Pour ce qui est du traitement des déchets, nous travaillons avec les collectivités. Nous valorisons également tous les déchets qui le permettent. C’est le cas par exemple des bouchons que nous conservons et que nous transmettons à des associations telles que Sauvage, qui se chargent de les transformer en bijoux par exemple.  

    Comment s’organise une collecte?? Quel est le processus?? Doit-on nécessairement savoir pédaler et pagayer pour participer??  

    Non?! Il n’y a que les aventurières qui pagaient et pédalent. Les collectes de déchets sont pédestres et comptent entre 20 et 60 personnes. Pour les organiser, nous communiquons toujours le plus en amont possible pour mobiliser le public et engendrer du bouche à oreille. Les associations locales avec lesquelles nous travaillons se chargent également de communiquer via les réseaux sociaux, les mairies participent également. Notre but, c’est qu’après la collecte, le public poursuive son engagement au sein de l’association locale.  

    Quels sont les conseils que vous donneriez au grand public pour agir?? 

    En premier lieu, je dirais de ne pas voir l’engagement comme une contrainte ou une punition. Aujourd’hui, grâce aux nombreuses rencontres que j’ai faîte, je vois que ceux qui ont amorcé une transition écologique dans leur vie sont plus en phase avec eux-mêmes?: ils consomment mieux, vont moins vite et œuvrent vers le bien commun. Je dirais également qu’il faut s’écouter et essayer d’être au maximum en accord avec ses valeurs. Personnellement, je parle quotidiennement d’un sujet très dur, mais je suis heureuse parce que je travaille dans une dynamique très positive, je fais du sport et suis entourée de gens inspirants. J’ai conscience que je ne vais pas changer le monde, mais j’y contribue?à mon échelle?et avec mes capacités?!  

    Pendant le confinement, on a beaucoup lu d’articles démontrant les bienfaits du confinement sur l’environnement. Quel bilan dressez-vous de cette période sanitaire sur la mer et la nature en général??  

    Malgré ce que l’on pourrait croire, le premier confinement et la crise sanitaire ont engendré un surplus de 20% de la production de plastique. En effet, par peur du COVID et mesures de protection sanitaires, les entreprises ont suremballées les produits. Or, c’est une hérésie puisque nous savons aujourd’hui que le plastique est une véritable éponge à microbe en comparaison avec le carton par exemple. De ce point de vue, le bilan est plutôt négatif. En revanche, le confinement a eu pour effet de diminuer de manière considérable la pollution sonore. Grâce à cette diminution, les animaux sont revenus dans des espaces qu’ils avaient délaissés. Le confinement aura permis de tirer une belle leçon?: il est possible de ralentir, nous sommes capables d’être raisonnés et de rétablir l’harmonie entre les êtres vivants.  

    Aujourd’hui, la Méditerranée, et demain?? L’internationalisation??  

    J’ai eu la chance de pouvoir voyager et parcourir l’Europe depuis plusieurs années. Et il est vrai que cette notion d’Union me tient particulièrement à cœur. Il y a quelque de chose de très fort, de symbolique dans la solidarité entre les pays. Dans l’immédiat, nous nous concentrons sur le développement de nos aventures autour de la Méditerranée, la Loire et la montagne, mais nous pensons de plus en plus à étendre le projet à l’Europe, voire même à d’autres continents?! Les pays au Nord de l’Afrique nous intéressent tout particulièrement parce qu’ils bordent la Méditerranée et permettraient de véritablement développer cette culture méditerranéenne commune. Cependant, même si nous y pensons, nous voulons prendre notre temps et voir déjà ce que les autres cultures ont comme solutions à nous offrir.